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À quoi bon la vérité?
À quoi bon la vérité?
Paraît-il, selon des sources «croyablement» informées, que les bons sentiments font la mauvaise littérature et que les bonnes intentions servent à paver l’enfer. À en juger par la comtesse de Ségur ou Berthe Bernage, ces verdicts disent vrai. Mais est-ce que le vrai réussit mieux que le bon à faire naître des bouquins qui se lisent? Sans doute pas, car nombre d’auteurs, surtout dans la fiction, s’efforcent de
«mentir vrai» au lieu de s’en tenir à la vérité.
 
Par Laurent Laplante 2007/02/13
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Dans L’Incendie de Rome, Jean-François Nahmias prétend établir enfin la vérité. Selon lui, Néron ne serait ni un tyran ni un pyromane, mais un artiste. Il détestait le trône et rêvait théâtre et musique. Peut-être Nahmias a-t-il raison, mais qui le croira? Chose certaine, l’image de Néron n’en est pas à une distorsion près. Le mélomane Laurent Duval (L’Orgue, ce méconnu, à compte d’auteur, 2001) le signale: «Si on en croit la légende, l’empereur Néron aurait joué du violon pendant que Rome flambait selon son bon caprice. Incroyable anachronisme que celui-là, et combien farfelu, puisque le violon n’existait pas encore et que c’était l’orgue, en raison de sa puissance sonore, qui dominait la clameur des foules.»

À son arrivée dans le Saint-Laurent en 1855, La Capricieuse fit pleurer les poètes québécois. La France se souvenait enfin de ses arpents de neige. La vérité vraie, selon l’ouvrage collectif La Capricieuse (1855): poupe et proue, sous la direction d’Yvan Lamonde et de Didier Poton, c’est que le commandant de la corvette française avait été dûment sermonné avant son départ: sa mission était commerciale et surtout pas politique. Quand furent séchées les larmes, le Québec et la France continuèrent paisiblement à commercer aussi peu que possible.

Dans un bouquin fascinant et aux propos blindés (Les Yeux de Maurice Richard), Benoît Melançon ose écrire qu’un océan sépare le vrai Maurice Richard du mythe qu’on a construit à son sujet. En faire l’innocente victime du méchant Clarence Campbell, c’est oublier ses 1400 minutes de punition. C’est oublier que Richard a surtout joué avant la télévision et qu’à la radio, il n’y a jamais eu de mauvaise partie de hockey. Le mythe sévit quand ce fédéraliste convaincu devient l’incarnation du souverainisme québécois, et quand la modeste émeute de 1955 est réservée aux francophones. Le mythe, note Melançon, a l’avantage d’être malléable. Celui-là l’est encore.

Denis Monière, d’entrée de jeu, nous avertit: il va mentir. Son livre intitulé 25 ans de souveraineté – Histoire de la République du Québec substitue au quart de siècle que nous avons vécu, le quart de siècle qui, d’après lui, aurait pu nous être offert si le référendum de 1980 avait accouché d’un «oui». Comme cet «essai de politique-fiction» contredit l’histoire, Monière admet qu’il nous raconte un rêve, mais comment prouver qu’il ment?

Marie Hélène Poitras boucle la boucle dans La Mort de Mignonne. Loin de rougir d’avoir transformé la réalité en décrivant un village québécois où elle a séjourné (s’attirant ainsi les reproches de ses habitants), elle revendique cette re-création comme un droit. «La réalité et moi, on ne se doit rien, écrit-elle en réponse aux critiques des villageois. Nous formons un couple ouvert. D’un côté comme de l’autre, nous refusons l’engagement. Nous flirtons ailleurs, tout en nous fréquentant quand ça nous arrange. Aurait-on idée de confisquer au sculpteur son argile et sa glaise?»

Le vrai là-dedans? En plus de le vivre, faut-il le dire?
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Bibliographie :
L’Incendie de Rome, Jean-François Nahmias, Éditions Albin Michel, 256 p., 24,95$
La Capricieuse (1855) : poupe et proue, Yvan Lamonde et Didier Poton (dir.), P.U.L., 379 p., 32$
Les Yeux de Maurice Richard, Benoît Melançon, Fides, 288 p., 29,95$
La Mort de Mignonne, Marie Hélène Poitras, Triptyque, 180 p., 19$
25 ans de souveraineté – Histoire de la République du Québec, Denis Monière, Éditions du Québécois, 175 p., 24,95$
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