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Le blogue du Libraire
15 Janvier 2008
Le marché du livre: «Lost leaders» et grandes surfaces
Par Denis Lebrun
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Malgré le regroupement des librairies indépendantes (Les LIQ), et le développement des outils de communication comme ce site et le journal le libraire, les LIQ auront de la difficulté à long terme à survivre à la guerre impitoyable que leurs livrent les grandes surfaces, certaines chaînes et sites Internet agressifs au niveau des prix. Par des pratiques commerciales douteuses, celles-ci écrèment le marché du livre de ses meilleurs vendeurs, et s’en servent comme «lost leaders» (prix très bas, presque le coûtant, pour attirer la clientèle et vendre beaucoup d’autres choses comme des petits pois!). Certains clients nous traitent déjà de «voleurs» quand un magasin de jouet (exemple vrai!) vend le dernier Harry Potter sous le prix coûtant (et donc perd 3$ par livre).

Le public ne sait pas toujours que le prix est fixé par l’éditeur et que la marge de remise est une des plus minces dans le commerce au détail. Pour survivre et garder un fonds diversifié, (entre 5000 et±50000 titres) une librairie indépendante a impérativement besoin de ces ventes «faciles» (±500 titres). Un fonds de librairie (les livres qui ne sont pas des nouveautés mais sont considérés comme classiques, importants ou excellents par les libraires) participe à la richesse d’une culture. Au-delà de l’aspect commercial, c’est donc de diversité culturelle qu’il s’agit. Et ce n’est pas là une expression creuse! Dans une ère d’uniformisation de la culture et de médias soumis «aux impératifs du marché» (lire les intérêts de leurs patrons!), le livre est la seule valeur refuge de la pensée libre. Bref, l’accès limité aux livres signifie l’appauvrissement de la pensée! Grandiloquent, peut-être, mais tristement vrai!

Bref il faut réglementer le marché du livre au plus «sacrant» plutôt que de le livrer aux seuls intérêts du néo-libéralisme, ou pour parler plus clairement du capitalisme sauvage. C’est à peu de chose près (le coté vieux gauchiste est de moi) le discours enflammé que me tenait au téléphone mon amie Audette de la librairie Vénus de Rimouski, ville aux prises avec une ceinture de grandes surfaces. L’industrie avait pourtant senti l’urgence d’agir il y a quelques années en réclamant presque unanimement le prix unique. La réponse du «lucide» Bouchard avait été alors un «Niet!» sans appel.

Le «presque» en question plus haut étant essentiellement Quebecor (Québec-livres à l’époque) qui pouvait se payer et se paie encore sur toutes les «tables» du livre des lobbysmes efficaces qui étouffent toutes velléités de changement. Car en bon québécois, il faut se «concerter», se «commissionner»et créer l’unanimité. On voit maintenant l’intérêt qu’avait Quebecor, dont les librairies (Archambault) font partie de ceux qui minent le marché! Je crois que cette fois-ci il va falloir que chacun choisisse son camp. Et nous sommes encore une majorité d’auteurs, éditeurs et libraires à vouloir une réglementation des prix. Même chez Quebecor, des auteurs affichent clairement leurs positions, tel Michel Lessard avec qui j’en parlais l’autre jour lors d’une séance de signature en librairie pour son superbe livre Encyclopédie des antiquités du Québec (Les Éditions de l’homme).

Parlant lectures et… capital, à lire absolument le dernier livre de John Le Carré, Le Chant de la mission (Seuil). C’est l’histoire du naïf Salvo, britannique de descendance Africaine et traducteur de tous les dialectes congolais pour le foreign office. Engagé pour servir d’interprète lors d’une conférence secrète qui réunit divers chefs de tribus du Congo et des investisseurs européens, Salvo se rend compte progressivement que son rôle tient plus de l’espionnage que de la traduction et que le but inavoué de la conférence est de fomenter un coup d’état visant à s’accaparer les richesses du pays. Renaît alors sa conscience Africaine… Cette intrigue relativement simple pour un Le Carré nous plonge au cœur d’une machination dont l’Afrique fait trop souvent les frais. Car chez Le Carré toute fiction prend racine dans la réalité et chacun de ses derniers livres est un réquisitoire. C’est puissant, prenant, émouvant et fort bien écrit.
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Les commentaires des lecteurs:
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Venise :
J'avoue que votre commentaire est très pertinent. En même temps, plus je trempe dans le milieu littéraire - c'est peut-être beaucoup dire, mais quand même - par un blogue de littérature québécoise, je réalise jusqu'à quel point des personnes de bonne volonté sautent sur les livres à rabais, convaincues de déjouer le système. Si peu de personnes sont au courant de cette problématique. De mon côté, ici, en Estrie, il est difficile d'encourager les librairies indépendantes. La librairie la plus commode est à Sherbrooke et pour la nommer, c'est GGC à laquelle a été retirée l'appellation "indépendante". Est-ce moins grave d'encourager des "Moyennes" qu'acheter au prix (presque) coûtant chez Costco par exemple ? Je le prends pour acquis et je me réponds oui. Je ne sais pas qu'est-ce que vous en pensez.

Denis LeBrun :
Dans cette bataille qui s'amorce, je crois que toutes les librairies sont concernées, y compris les petites chaînes comme Raffin et
GGC, qui possèdent d'exellentes librairies. Je dirais même que Renaud Bray, qui ne pratique pas de guerre de prix a tout intéret qu'on civilise le marché du livre. Votre commentaire, Venise, me permet aussi de rectifier votre perception des librairies indépendantes. GGC est une bonne librairie, et vous n'avez aucun "remord" à avoir d'y bouquiner. Quand nous avons formé notre regroupement promotionnel (Les LIQ) pour donner une voix aux petites et moyennes librairies, nous nous sommes fixé un certain nombre de règles d'adhésion. Celles-ci comprenaient un maximum de succursales . Au delà de ce nombre nous avons estimé que les chaînes concernées avaient les moyens de faire leur propre promotion. Dans toute réglementation il y a malheureusement une part d'arbitraire.

Venise :
Ah ... je suis soulagée ! Vous avez démasqué mon remord d'acheter chez ces librairies qui ont récemment été éliminées de l'appellation
"indépendantes".
Ici, en Estrie, je me voyais un peu coincée, mon remord s'en trouvait apaisé mais mon mari et moi éprouvons un attachement à la Librairie Raffin de la rue St-Hubert à Montréal pour l'avoir vu grandir sous nos yeux. On s'attache à tout être qui grandit sous nos yeux ... Et puis, ils sont si chaleureux, nous n'avons pas du tout l'impression d'être un numéro chez eux. On nous appelle par nos noms et on s'informe toujours si on continue d'aimer Eastman (déménagement de Montréal voici 3 ans). Et puis, vous osez nommer "Renaud-Bray", cette chaîne souvent confondue avec le "méchant". Faut dire, qu'ils y a plusieurs comportements que je n'aime pas chez eux, ne serait-ce que l'effronterie d'aller s'installer en face (ou presque) de Chez Raffin sur la rue St-Hubert. Est-ce vraiment faire preuve de la passion du livre ou plutôt de l'argent que génère le livre ? Qu'ils fassent de l'argent avec plein de gusgus m'importe peu, d'abord qu'ils honorent le livre et ceux qui le servent, comme leurs employés.
Mais, vous savez, nous avons eu toutes les misères du monde à continuer à les pointer du doigt puisque mon mari a participé au concours de nouvelles "Voir/Renaud-Bray" et il a gagné le grand prix une valeur de 2,200 en argent sonnant et 2,200 $ en bons cadeaux ... !!! D'ailleurs, vous, le grand amateur de tout ce qui vole, vous auriez aimé sa nouvelle "Voltaire Côté" qui tournait autour d'une interprétation des lettres que les outardes dessinent dans le ciel ... son imagination ayant été au delà du "V".
Je vous remercie sincèrement, et beaucoup, cela fait longtemps que je désirais une réponse claire sur le sujet.

Venise :
Je me suis permise de reprendre l'essentiel de votre propos dans mon blogue Le Passe-Mot de Venise www.passemot.blogspot.com

Gaël Benoit :
Bon, l'emportement «brunâtre» qui recommence! Soyez donc un peu original avec les LIQ! Ce n'est pas en donnant tout, tout cru dans le bec d'un ado qu'on l'aide à faire sa place dans la vie. Il serait assurément le temps de prendre une direction organisée au lieu de vomir des inepties sans offrir de solutions au marasme qui atteint le milieu du livre...

marie claude lewis :
Je comprends le point de vu, en se qui attrait à sauver les librairies indépendantes. Par contre offrir la possibilité à tous de lire, est aussi un objectif qui serait louable. Mon budjet lecture ne me permmet pas de toujours acheter des livres dans les peites librairies, parfois en grandes surfaces je peux m'en offrir deux pour le prix d'un, car souvent un rabais de 25% est accordé aux acheteurs. Mais je suis une fanatique des auteurs québécois. Donc je ne me sens pas coupable. Il faut tenir compte que ce ne sont pas tous des retaités fortunés qui achètent des livres. De jeunes mères de famille avec un budjet resteint aussi. Bonne continuité... M.C.

Delille :
Cela fait longtemps que je ne suis pas allé au Quebec. Je n'ai plus de contact avec celles et ceux que j'ai rencontré il y a plus de vingt ans. Mais la vie est ainsi faite, qu'aujourd'hui libraire je suis et qu'amoureux du Quebec je reste. J'espère très vite rencontrer de nouveaux amis dans la profession et Libraire.org va sans doute me devenir indispensable depuis la France tout comme Le Devoir. Merci aux animateurs de ce site. Salut Quebec.

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