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L’odeur de l’encre fraîche
L’odeur de l’encre fraîche
C’est reparti! Dans la foulée de la sortie de deux nouveaux modèles de livres électroniques Sony destinés à concurrencer le Kindle d’Amazon.com, le débat sur l’avenir du livre en papier est relancé.
 
Par Stanley péan 2009/08/31
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Sony propose ces jours-ci un modèle «de poche» à 200 $ US en plusieurs couleurs avec un écran de 12,5 cm (grosso modo la taille d’un livre de poche) et un autre, à 300 $ US avec un écran tactile de 15 cm. La firme nippone réduirait le prix moyen de l’ouvrage téléchargé de 11,99 à 9,99 $ US, s’alignant ainsi sur Barnes & Noble et Amazon au moyen de la plateforme de téléchargement Fictionwise. Les utilisateurs du Reader Sony auraient également accès à la bibliothèque numérique Google de plus d’un million d’ouvrages libres de droit.

Grand concurrent du Reader Sony, le Kindle d’Amazon n’a pas d’écran tactile et se détaille 300 $ US dans sa version classique, après une baisse de prix annoncée récemment. Qui plus est, Amazon a également mis sur le marché un modèle de taille plus grande et un peu plus onéreux (460 $ US), plus adapté à la lecture de livres universitaires, de magazines et de journaux. Et au contraire des appareils Sony, Kindle ne nécessite pas que l’utilisateur se branche à son ordinateur pour télécharger les ouvrages désirés, grâce à l’accord conclu avec l’opérateur téléphonique Sprint, qui permet un téléchargement sans fil aux États-Unis.

Et la littérature, dans tout ça? Les grandes maisons d’édition américaines ont emboîté le pas et proposent désormais presque systématiquement, en versions numériques téléchargeables et compatibles avec les nouveaux gadgets, leurs gros vendeurs présumés ou avérés: une quantité considérable de titres pas forcément pris aux rayons des oeuvres promises à l’éternité. Évidemment, question de fonds libre de droits, Google, qui s’est arrogé le privilège de numériser ce que bon lui semble, fait entrer dans l’ère numérique tout un pan du patrimoine mondial écrit. Malgré des initiatives admirables, les éditeurs francophones d’Europe, du Québec et du Canada français traînent la patte en la matière, laissant encore une fois aux Anglo-Saxons une occasion de raffermir leur hégémonie culturelle sur le monde par le biais de la technologie.

Il y a bien sûr les nostalgiques amoureux du livre en tant qu’objet, qui voient venir ce bouleversement radical de nos habitudes de lecture et de consommation culturelle avec soit un brin de scepticisme, soit une hostilité aussi pathétique que rétrograde. Comment un appareil électronique, aussi convivial soit-il, pourrait remplacer nos bons vieux bouquins? «Impensable!», «Impossible!», disent-ils, en pressant contre leur poitrine l’intégrale d’À la recherche du temps perdu, prêts à mourir pour une idée fort noble de la littérature. L’ennui, c’est que la littérature n’est pas plus inextricablement liée à son support physique que la musique ne l’était véritablement au sien. En font foi toutes ces tables tournantes sur le dessus desquelles s’accumule la poussière dans le fond de nos armoires. Et à voir les ados consommer des MP3 plus vite que des bonbons, nous pouvons prédire que le même sort guette le lecteur de CD.

Pourtant, tout «gadgeteux» que je sois, je garde en mémoire cette scène d’un vieil épisode de Star Trek où le capitaine Kirk, traîné en cour martiale pour négligence criminelle, va à la rencontre de Samuel T. Cogley, un excentrique avocat dont le bureau est un véritable capharnaüm de livres de droit poussiéreux, issus de tous les coins de la galaxie. «Les livres, jeune homme, les livres, plaidait-il en substance devant James Kirk. C’est là que se trouve le savoir, pas dans ces machines homogénéisées, pasteurisées, synthétisées…»

Je reste moi aussi attaché au livre comme objet et à toute la mystique qui l’entoure: le plaisir de le prêter ou de l’emprunter à des amis (impossible avec nos nouvelles machines), le contact tactile de la couverture et surtout l’odeur de l’encre fraîche et de papier neuf d’un nouveau bouquin, qui m’a toujours fait un effet comparable à celui du tintement de la clochette sur les chiens de Pavlov.

Ah, le livre…

L’ennui, c’est que Sony ou Amazon finiront peut-être par mettre au point une machine qui dégage des effluves d’encre fraîche et de papier neuf…!

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